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Au cœur de la vallée du grand rift en Tanzanie, se trouve la Yaeda Valley, le long du lac Eyasi et à l’ombre de cratère Ngorongoro. C’est dans cette région, aussi connue comme le berceau de l’Humanité, que l’on trouve les Hadzabés de Tanzanie, l’un des plus vieux peuples chasseur-cueilleur connus à ce jour. Nul autre peuple n’a vécu aussi longtemps en un même endroit. Lorsque les égyptiens terminaient leurs pyramides, les Hadzabés vivaient déjà sur leurs terres depuis plus de 50 000 ans. Ils ne cultivent aucune terre, n’élèvent aucun bétail, ne suivent ni règles, ni hiérarchie, ni calendrier précis mais maintiennent un précieux équilibre entre l’homme et la nature. Se déplaçant au gré du temps et des migrations du gibier, ils vivent de la chasse à l’aide de flèches empoisonnées. Les Hadzabés refusent toute forme de modernisation et conçoivent le bonheur dans le respect de traditions ancestrales. Ce sont les « derniers premiers hommes » de la région du grand rift et représentent ainsi les derniers vestiges des cultures qui occupaient l’Afrique de l’est avant l’arrivée des peuples pasteurs.

tirage photo chasseur de babouins chez les hadzabe de tanzanieJuma, au retour d’une chasse nocturne, le crane grillé d’un babouin dans un main et la flèche empoisonnée qui l’a tué dans l’autre.

Les coutumes de certains peuples peuvent parfois être déconcertantes. C’est le cas de la chasse au babouin chez les Hadzabés. Des heures durant, dans la nuit noire de la savane, ils traquent les primates jusqu’à trouver l’arbre dans lequel ils se perchent pour passer la nuit en sécurité. Mais lorsque les babouins  perçoivent le danger, ils libèrent une pluie de déjections pour faire fuir les chasseurs. Dans  la pénombre, souillé par les excréments, Juma ne bouge pas. Il écoute les feuilles se froisser sous les mouvements affolés des proies. Il décoche une flèche, un cri sourd retentit. Après quelques instants, nous entendons des  branches céder, emportées par la chute du babouin. Comme  nous nous éloignons sur le chemin du retour, la meute témoigne sa tristesse d’avoir perdu un congénère dans un effrayant concert de cris. C’est la loi de la prédation. De retour au camp, le babouin est immédiatement jeté sur le feu avant d’être dévoré à pleines dents. Juma tient le crâne grillé du babouin dans une main et la flèche empoisonnée qui l’a tué dans l’autre. De retour au camp, le babouin est jeté entier sur le feu avant d’être dévoré à pleines dents. Seuls les os et le sang seront laissés en offrande aux Dieux. Toujours soucieux de préserver leur environnement, les Hadzabés ne prélèvent jamais plus que ce dont ils ont besoin et ne laissent jamais rien derrière eux.

Remarquablement, les Hadza ont jusqu’à présent réussi à conserver leur culture et leur mode de vie primitif  malgré les pressions considérables qui ont détruit la plupart des autres sociétés de chasseurs-cueilleurs dans le monde. Au cours des dernières décennies les Hadza ont perdu près de 90% de leurs terres natales dans la région du Lac Eyasi au profit d’autres groupes ethniques qui s’y sont installés. Aujourd’hui, le peuple Hadza ne dépasse pas les 1.000 individus dont seulement 300 vivent encore de manière traditionnelle.

Au petit matin, lorsque Ishoko le Dieu soleil apparaît, les hommes aiguisent leurs flèches, tendent leurs arcs et ouvrent les yeux en quête de gibier. Pendant ce temps, les femmes partent à la recherche de fruits et de racines. Avant midi tout le monde est de retour au camp. Ils ont le ventre plein et n’auront pas besoin de repartir avant que le soleil ne soit plus bas. Ils profitent alors des heures les plus chaudes pour construire des flèches, se reposer, fumer la pipe et raconter des histoires. Les Hadzabés sont de grands conteurs d’histoires. ils passent de longues heures autour du feu à se rappeler leurs plus belles aventures, tout en préparant le poison de leurs flèches à partir de la rose des déserts.

tirage photo vers de nouveaux horizons chez les hadzabe de tanzanieBubute, chasseur et conteur d’histoires, se met en quête de gibier à l’aide de son arc et des flèches empoisonnées qu’il a confectionné le matin même.

Le cœur des Hadzabés est dans le bush, où ils passent la grande majorité de leur temps à traquer l’animal. Très jeunes, ils s’essaient à la pratique et dès cinq ans ils chassent leurs premiers oiseaux. A dix ans, ils mettent déjà de petits animaux comme  le dik dik sur le feu et contribuent à nourrir la communauté.

Au premier jour de notre arrivée au camp Hadzabé en Tanzanie, Joshua, notre interprète, nous informe que Magandula, 10 ans, à été mordu par un chien enragé deux jours plus tôt. Lorsqu’il il se présente à nous, nous découvrons avec effroi une mauvaise morsure au bras, déjà rongé par l’infection qui semblait évoluer rapidement. Après quelques échanges avec Joshua, nous comprenons que ses parents ne sont pas conscients de la gravité de la situation et que la blessure de Magandula pourrait être mortelle s’il ne reçoit pas rapidement les soins nécessaires. L’hôpital le plus proche était à plus d’une journée de marche et de transport. Les parents n’avaient pas les moyens pour payer le transport et  les injections à l’hôpital. Nous avons été touchés par l’impuissance de cette famille et n’avons pas hésité longtemps avant d’intervenir auprès du père pour qu’il emmène rapidement son fils à l’hôpital, offrant de les aider en  finançant  son traitement. Quelques semaines et dix injections plus tard, Magandula était de retour en pleine forme. Il est devenu notre meilleur ami, compagnon et instructeur de chasse à l’oiseau.

tirage photo chasseur oiseaux chez les hadzabe de tanzanieMagandula, jeune Hadzabé s’exerçant à la chasse aux oiseaux.

D’une importance cruciale, le feu est présent au quotidien chez les Hadzabés et les accompagne dans la plupart de leurs activités. Le feu est si important qu’il n’est jamais éteint. En fin de journée, les braises sont rentrées dans la hutte pour être surveillées de près pendant toute la nuit. Cela permet  de sécher la paille des huttes ainsi que l’arc et les flèches qui sont placés au dessus du feu. Dès les premiers rayons du soleil, les braises sont ressorties pour rallumer un feu. Les hommes commencent alors à travailler et à aiguiser leurs flèches. Le feu est entretenu toute la journée  pour que les femmes puissent préparer le repas ou pour que les hommes puissent  récolter le miel en calmant les abeilles avec la fumée. Si par malheur, le feu vient néanmoins à s’éteindre, un autre est vite allumé en frottant deux types de bois spécifiques.

tirage photo hutte chez les hadzabe de tanzanieL’intérieur d’une hutte Hadzabé, conservée au sec grâce au précieux feu.

Un des plus gros défi des Hadzabés est la collecte d’eau. Dans une région particulièrement sèche, de longues périodes peuvent s’écouler sans que la moindre pluie ne tombe. L’eau est alors récupérée dans des cavités naturelles formées dans la roche.

tirage photo source chez les hadzabe de tanzanieAprès une longue période de sécheresse, les ressources en eau deviennent rares et sont collectées dans des « réservoirs » formés par la roche.

Après avoir repéré l’arbre qui possède les racines tant convoitées, les femmes frappent le sol à l’aide d’un bâton. Selon la sonorité, elles savent si les racines se trouvent en dessous et si elles sont gorges d’eau. Elles creusent alors un trou, parfois très profond, pour les récupérer. Elles se mangent alors crues à la sortie de la terre ou grillées sur un feu. Mâchées pour récupérer l’eau, les fibres sont parfois avalées selon le type de tubercule, pour leur valeur nutritive.

Si les hommes rentrent souvent bredouilles de la chasse, les femmes, elles, n’échouent jamais à la cueillette et reviennent toujours avec des racines à mâcher, des fruits de Baobabs, des baies ou encore des fruits de cactus. Contrairement à d’autres peuples africains dans lesquels les femmes sont soumises aux hommes, les femmes Hadzabé sont considérées comme l’égal de l’homme. Leur cueillette pourrait à elle seule subvenir aux besoins des Hadzabés. Et même si les hommes sont friands de viande et de miel, ils sont conscients que cela ne représente qu’un supplément incertain face à la cueillette.

tirage photo en quete eau chez les hadzabe de tanzanieLes femmes du camp partent en quête de racines. Enfouies dans la terre, elles sont protégées de la sécheresse et des incendies. Selon les périodes de l’année, cet apport d’eau peut être crucial pour le groupe.

Parce qu’ils savent que chaque jour leur apportera de la nourriture, ils n’ont pas besoin de stocker pour les jours suivants et partagent l’ensemble de ce qu’ils ont récolté. Ils ne tuent et ne prélèvent donc que ce dont ils ont besoin au quotidien et ne laissent aucune trace derrière eux. Mais pour s’assurer d’avoir toujours assez, ils sont nomades et se déplacent régulièrement afin de laisser la nature récupérer derrière eux. Quand  ils reviennent, la nature a repris le dessus, les racines et baies ont repoussé, offrant à nouveau une terre saine et riche de ressources.

Les Hadzabés n’utilisent aucun piège. L’arc et la flèche  ne laissent aucun impact durable sur les populations d’animaux. Contrairement aux autres peuples de la région, ils ne coupent pas les arbres pour construire des maisons ou des enclos pour les animaux. Leurs maisons sont des abris temporaires faits de branches et de paille. Lorsqu’ils se déplacent, les abris se décomposent et disparaissent dans la nature. Ils seront reconstruits à leur retour.  Ils ne creusent pas de puits qui drainent les ressources d’eau de cette région si sèche, ils vont boire directement à la source.

tirage photo nomade chez les hadzabe de tanzanieUn Hadzabé s’éloigne d’un groupe pour en rejoindre un autre. Le conflit chez les Hadzabés n’est pas accepté et lorsqu’il se présente, les personnes sources du conflit se séparent tout simplement.

L’harmonie qu’entretien les Hadzabés avec l’environnement leur a  permis de vivre de manière durable pendant plusieurs milliers d’années. Cette harmonie est essentielle pour les Hadzabés qui dépendent entièrement de leur terre. Ils prennent soin d’elle comme elle prend soin d’eux. C’est un principe de réciprocité, comme avec le Tikiriko. Ironiquement, il semblerait que cette philosophie soit aussi à l’origine de l’extrême précarité de leur situation actuelle.

Devant une région conservée parfaitement vierge, les peuples pasteurs se sont progressivement installés. Les terres étant fertiles, cela ne semblait pas poser de problème, jusqu’à l’apparition de sérieux impacts environnementaux. L’agriculture, la déforestation pour la construction de maisons ou d’enclos, le surpâturage par des troupeaux trop importants mais aussi les prélèvements d’eau ont drastiquement et très rapidement dégradé le territoire. Les puits creusés par les peuples pasteurs pour les champs et le bétail drainent l’eau de la région et laissent peu de ressources pour les animaux sauvages. Si les animaux n’ont plus assez à boire et sont amenés à migrer, que deviendront alors les Hadzabés…

tirage photo sedentarisation chez les hadzabe de tanzanieOricho, sur la gauche, n’arrivant plus à nourrir sa famille, n’a d’autre choix que de se sédentariser. Au moment de notre rencontre il était dans sa première année d’agriculture, sans certitude sur la possibilité de récolte compte tenu de la sécheresse dans la région.

Face à la dégradation continue de l’environnement, les Hadzabés n’auront bientôt plus de territoire ou chasser et habiter. Ironiquement, alors même qu’ils ne sont à l’origine d’aucune dégradation environnementale, ils  ont été désignés protecteurs de la forêt dans le cadre d’un programme de compensation des émissions de carbone… Probablement voués à disparaître dans les années à venir après 50 000 ans d’existence, ils emporteront avec eux une richesse culturelle inestimable, un patrimoine humain témoin de nos origines et l’exemple d’un mode de vie paradoxalement visionnaire : une société et une économie parfaitement durables, peut-être parce que dénuées d’ambition, mais malheureusement pas assez fortes pour faire face a l’hégémonie humaine. Devons nous voir dans la situation dramatique de ce peuple, un reflet de notre futur à l’échelle de la planète et de l’espèce humaine ?

Nous n’avons vu chez les Hadzabés que l expression d’ un bonheur intense lorsqu’ils étaient simplement occupés par la chasse et la cueillette, prenant le temps d’apprécier et de partager chaque moment, presque au ralenti et toujours dans l’instant présent. Prendre le temps et savoir partager le présent et l’avenir avec la nature et sa communauté: une vision dépassée du bonheur ?  ou un véritable point de vue , un vrai regard d’ailleurs ?

tirage photo famille hadza chez les hadzabe de tanzanieFamille Hadzabé dans une hutte traditionnelle.

La connexion des Hadzabés avec la nature est si forte qu’ils ne se contentent pas de la respecter ; ils travaillent étroitement avec elle. Leur relation avec l’oiseau Honeyguide est fascinante: c’est l’une des aides mutuelles les plus développées entre un mammifère et un oiseau. L’oiseau, qui porte le nom de Tikiriko, appelle les Hadzabés avec un chant très particulier pour les guider vers le miel et les ruches. En échange, les Hadzabés laissent derrière eux  la cire comme une récompense pour l’oiseau. C’est la symbiose la plus développée connue entre l’homme et l’oiseau.

Pour récolter le miel, les Hadzabés grimpent souvent très haut dans les Baobabs. Ils construisent des marches en plantant des bouts de bois dans les troncs de Baobabs. Le danger évident ne freine pas les Hadzabés, si friands de ce nectar. Ils plongent la main directement dans les ruches pour récupérer le miel et utilisent la fumée d’un bâton brulé pour calmer les abeilles.

tirage photo en quete de miel chez les hadzabe de tanzanieUn homme grimpe au sommet d’un Baobab à l’aide de bâtons pour récupérer le précieux miel.

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Nos tirages des Hadzabés de Tanzanie

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